UNE BELLE HISTOIRE DE FEMMES
Ma mère qui aima tant cette terre...
LA NUIT
Intriguée par cette rencontre, je suis remontée à la nuit tombée, la lune brillait : malgré le froid le chevreuil offrait sa pure beauté à cet astre glacé. Là des musaraignes, ici un lièvre, et puis un autre, au loin dans le bosco , une chouette hululait.
LA TERRE
Le sol craquait, se fendait, laissait passer les fourmis qui s’affairaient.
LE CIEL
L’âme était bien là sous le ciel étoilé .
LE JOUR
Le temps s’écoula et le jour se leva inévitablement chaque fois après la nuit rythmant la nature.
LA FLEUR
Bientôt l’âme se vêtit de minuscules corolles blanches et se parfuma d’une fragrance subtile, d’une délicatesse extrême, terriblement sensuelle
LE PRINTEMPS
Quelques semaines plus tard, tout avait changé, la vie avait poussé toute verte.
LE VENT
Le vent soufflait, frais et léger, pour le fabuleux voyage des pollens : les baies de raisin furent enfantés.
LE SOLEIL, LA LUNE ET LES ETOILES
L’âme se fit plus discrète tout au long de l’été, mais elle était présente et insufflait, respirant, transpirant, à chaque grain sa vie mystérieuse, aidée par le soleil et par la lune, par les constellations peut être, qui jour et nuit sans relâche lui offraient leurs forces immuables.
Septembre arriva, le schiste brûlait.
LE FRUIT
Montée au coucher du soleil, je goûtais les fruits juteux à la peau dorée. L’âme était là, toute entière, avec son cortège infini de saveurs mystérieuses, celles qui montent du cœur de la terre, toujours différentes, uniques, celles de la vie.
LA VIGNE
Que faire devant tant de merveilles ? Le temps pressait, il ne fallait pas perdre l’âme, le cortège des croquemorts était là, botrytis, mildiou, oïdium, se réjouissant du festin, si la main de l’homme se faisait attendre. Il fallait savoir choisir le jour.
Au loin résonnait le chant des vendangeurs, hotte au dos, impatients de cueillir l’âme de la terre prisonnière dans les beaux grains dorées, cuivrés ou brunis.
L’HOMME
Le maître de chais pressa doucement le fruit et le jus s’écoula au plus profond des caves enfermant l’âme dans les barriques et les cuves accueillantes.
LA MAISON
et cette maison...
L’ŒUVRE AU CHAIS
Et tout au long des mois, l’âme vécu et transforma les jus sucrés opaques en liquide cristallin : la texture devint plus ronde, les arômes trouvèrent leur équilibre, chacun prit sa place dans l’harmonie infinie des saveurs, le vin se précisa.
L’OEUVRE AU CHAIS
L’âme était toujours là, elle habitera longtemps encore dans les flacons dormant.
LE GOÛT DE LA VIE
Un jour, vous ouvrirez une bouteille et là dans votre verre , vous sentirez, vous goûterez à plein sens, vous rencontrerez, comme moi, l’âme de nos coteaux, le goût de la vie
LE PASSAGE
me proposa un jour de l’année 2001 , de me passer la main...
L’EAU
j’y réfléchis longuement sur les rives de la boire
LA MOUCHE
J’ignore encore quelle mouche me piqua ce jour-là ?
LE CHEMIN
un chemin étroit se présenta à moi, raide et difficile.
L’AME DE LA TERRE
C’est ainsi que commença ma longue promenade dans les coteaux de Savennières.
LA LOIRE
J’ai senti sous mes pieds, autour de moi, au dessus de moi une âme profonde, très ancienne qui habitait ce grand corps de schiste millénaire dormant voluptueusement sous le soleil de Loire, réchauffant lentement ses rocs endormis par les frimas de l’hiver .
LA VIE
Dans les ceps nus commençait à monter la saveur de la vie qui ferait bientôt sortir les bourgeons de la dormance. Prudente et maternelle la vigne avait déjà prévu un manteau de coton pour les nouvelles pousses.